Au revoir Élise, bonjour Elsie
Ouverture / Elsie sans filtre / Et maintenant, place à la scène - ép.02
Si vous avez raté le premier épisode, c’est par ici
Victor, mon épiphanie
•••
Le premier jour du reste de ma vie.
En 2022, Victor est né.
Et tout a été renversé.
—
J’ai failli passer à côté de lui.
… j’en frissonne encore.
Au début, me taraudait…
la conscience vertigineuse
que ce petit gars-là, allait tout me prendre.
Et que lui, je ne pourrai pas le virer.
—
Fort heureusement,
le lien s’est très vite créé.
Puissant, nécessaire et viscéral.
Dans mon ventre,
sous ma peau,
d’entre mes tripes,
jusqu’aux phalanges.
—
Fort heureusement,
Une transmission organique s’est opérée,
l’exemplarité de ma mère.
Ses sacrifices silencieux.
Son amour inconditionnel.
Son inquiétude épidermique.
J’ai compris qu’aujourd’hui c’était mon tour.
—
C’est dur, parfois.
Très dur.
Son énergie dévorante.
Plus de temps pour moi.
Une vie, un tempo,
qui ne m’appartiennent plus vraiment.
Des heures de sommeil perdues à jamais.
—
L’essentiel ne se négocie plus.
Désormais, l’amour maternel précède tout.
Même l’égoïsme de mon nombril.
Un père courageux
•••
Avec le père de mon enfant,
le schéma s’est rejoué.
Autrement.
Plus profondément.
Comme une ritournelle.
—
Un homme aimé,
puis progressivement dominé.
Par nécessité.
Là encore, prendre soin.
S’occuper.
Gérer.
—
Avec Victor au milieu,
ce qui existait déjà s’est amplifié.
La responsabilité totale.
Porter la charge invisible.
Organiser.
Décider.
Sécuriser.
—
Et puis, je suis partie,
avec ma culpabilité de mère.
Et celle de nous avoir fait croire,
que la vie à deux c’était possible avec moi.
… une séparation douloureuse,
un père déstabilisé,
aux abonnés présents,
qui malgré tout,
ne se dérobe pas.
—
Je te remercie.
Mes ami(e)s, ce que je leur dois
•••
Les amis ont longtemps été ma seule respiration.
Une bouffée d’air frais.
De la légèreté, quand tout pesait trop.
Du répit, un vrai refuge.
—
Avec eux, le centre de ma gravité se déplaçait.
Je n’étais plus le sujet.
Ni mes tourments.
Ni mes emballements.
Ni ma fuite en avant.
—
Le sujet, c’était eux.
Leurs histoires.
Leurs vies.
Et cela me faisait du bien.
—
Puis tout est devenu frénésie.
La cavalerie d’une générosité excessive,
Presque compulsive, boulimique.
Trop de liens.
Trop de discussions.
Trop de WhatsApp.
—
Et puis, est venu le temps des frottements.
Ma disponibilité s’est raréfiée.
Sans préavis.
Mécaniquement.
Victor, le projet et l’ogre Staan.
—
J’ai beaucoup déçu. Parfois blessé.
Des reproches. Un peu d’agressivité.
Je l’ai senti. Je l’ai encaissé.
Tous les liens ne tiennent pas dans l’absence.
Et c’est bien ainsi.
—
Aujourd’hui, je reviens autrement.
Moins partout. Plus entière.
De l’oxygène à nouveau.
Mais sans étourdissement.
❝
J’Accepte La Grande Aventure d’Être Moi
— Simone de Beauvoir
Première scène
•••
Dès mon entrée dans l’enseignement,
quelque chose s’est déplacé.
En profondeur.
Ici l’excès ne fonctionnait plus.
Plus possible de me dissocier.
Il fallait être là.
—
En face, une audience qui ne cède à rien,
rétive à toute posture.
Pour la première fois,
l’intensité ne fera pas lien.
Ce sera l’attention,
l’écoute.
la tenue d’un cadre,
l’urgence de créer un espace sûr.
—
Sans le savoir,
j’entrais peu à peu en scène.
Au centre de toutes les attentions,
de tous les regards,
de toutes les attentes.
—
La classe comme premier plateau.
Un public exigeant.
Immédiat.
Qui interagit.
Accepte, ou rejette.
Sérendipité de couloirs
•••
L’idée du stand-up n’est pas de moi,
Elle est venue d’une rencontre
dans les dédales d’une école.
avec Staan, cet ours bipolaire.
Et pourtant,
nous nous sommes à peine croisés,
—
Moi, je voulais startupper avec lui.
Il m’a dit non.
Et puis, il m’ a parlé de son projet,
un serpent de mer artistique,
exigeant, fragile,
sans garantie aucune.
Une vision démente,
irréaliste.
Impossible de se projeter.
—
Je me suis rendue éperdument disponible.
Disponible à un projet qui ne promettait rien.
Ni argent, ni statut, ni sécurité ;
Disponible à une forme de vérité
dont tout le monde se fout,
et que personne n’attend.
Le léviathan de l’intime
•••
Le plus difficile ?
Ce n’était pas la radicalité du changement,
mais d’éteindre la tyrannie de ma culpabilité.
En finir avec les obligations.
Ne plus chercher à se réparer.
Assumer mes choix.
Même quand ça dérange.
Même quand ça déçoit.
Même quand ça fait du mal.
—
Un sacerdoce de longue haleine
qui ne se fait pas seul.
Non sans douleur.
Le quatrième mur
•••
Le stand-up n’est pas une nouvelle lubie.
Ni une revanche.
Ni une thérapie exposée.
Sur scène, je ne raconte pas le trauma.
Je le raille.
Je le transforme.
En une catharsis joyeuse.
En rafales de provocations jubilatoires.
En actes de résistance.
—
Sur scène, le sur-jeu se voit.
La fuite aussi.
Ce qui compte, c’est l’authenticité.
La lucidité.
La capacité à rester debout,
derrière le micro,
envers et contre
un silence qui persiste,
des rires qui tardent,
le spectre de l’humiliation
d’une tomate imaginaire,
qui viendrait s’écraser sur mon visage.
—
Ce qui sauve, qui galvanise, qui électrise,
c’est la possibilité d’un rire,
un rire partagé.
Qui détend le corps,
desserre la gorge.
sublime la peur.
Chez moi,
chez les autres.
Un rire qui n’efface rien,
mais qui allège,
autorise,
et soulage nos vies cabossées,
un peu, beaucoup.
—
Quand le virus bienfaiteur se libère,
circulant entre les travées,
il ne divise pas.
Il relie, crée une connivence.
une complicité.
Le duende.
Ce moment rare de ré-enchantement
qui transcende notre égo.
Et ça,
Ce grand kif,
C’est là où je vais à présent.
Épilogue
•••
Si ce texte te parle, ce n’est pas parce qu’il raconte une trajectoire exceptionnelle. C’est sans doute parce qu’il ressemble, par endroits, à beaucoup d’autres.
Peut-être au tien.
Beaucoup de vies commencent de la même façon : dans l’amour, dans l’exigence, dans des injonctions silencieuses que l’on intériorise très tôt, celles qui finissent par dessiner, sans qu’on s’en rende compte, une manière de vivre, de réussir et de se tenir au monde.
J’ai longtemps cru que mes difficultés venaient d’un manque de talent, de constance, de discipline, ou de volonté. Mon imposture.
En guise d’alibi, je me suis souvent raconté que je n’étais simplement pas à la bonne place, au bon moment.
Avec le temps, j’ai compris autre chose… que je n’avais pas besoin d’explorer davantage. J’avais juste besoin de comprendre d’où je viens.
Non pas pour me rendre justice, mais plutôt pour cesser de m’épuiser, dans le tourbillon de ma vanité, à chasser les moulins de mon auto-sabotage.
Aujourd’hui, je ne cherche plus à réparer quoi que ce soit.
Ni à prouver.
Ni à rassurer.
Je construis lentement un espace qui me ressemble davantage.
Sur scène.
Dans l’écriture.
Dans les ateliers.
Un espace imparfait.
Fragile parfois.
Mais habitable.
Et aujourd’hui, 37 ans plus tard, enfin, je vous donne rendez-vous.
Pour ma première, sur scène — là où tout commencera vraiment.
Elsie
— Staan, merci de m’avoir aidée à poser ces mots.
DANS LES COULISSES
La vidéo rétrospective 2024 / 2025 du making of Elsie & Staan
Pour en savoir plus sur le livre Simone de Beauvoir, écoutez l’épisode de Femmes d’exception qui lui est consacré sur France Inter. Un pur régal.
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Släsh magazine incarne l’espace d’analyse, d’introspection, de dépliage du réel, d’éclairs de lucidité et de pensées contre-pied du duo de stand-up Elsie & Staan. Le tout sur fond de références pop et humoristiques. Si vous appréciez nos contenus, abonnez-vous pour ne rien rater. ♥‿♥




